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Mieux comprendre

On parle souvent de matériel ou de technique, mais le cœur de la pratique réside dans la gestion de l’humain. Dans la communauté BDSM, on sait que nous arrivons tous et toutes avec un vécu, des blessures ou des sujets qui nous rendent plus fragiles, voire des traumatismes. Le jeu n’efface pas ces sensibilités. Parfois, il les met en lumière. Un mot, une posture ou une ambiance peut réveiller un inconfort lié à une expérience passée.

Identifier ces zones de vulnérabilité est essentiel.
On peut être capable de supporter une forte intensité physique, mais être déstabilisé·e par une simple réflexion. Reconnaître ses points sensibles et ses vulnérabilités n’est pas une faiblesse (cf le livre de Brené Brown, le pouvoir de la vulnérabilité). C’est ce qui permet de placer le curseur au bon endroit. En reconnaissant et en prenant en compte nos zones vulnérables, nous créons une connexion plus forte, plus intime, pas seulement sexuellement mais dans la relation elle-même.

Trauma et empowerment

De nombreux.ses pratiquant.e.s BDSM expérimentent une sensation de sécurité dans cette pratique. Les discussions préalables, le consentement déporté avant la session, la prise en compte des limites de chacun.e… tous ces éléments permettent, parfois pour la première fois, de se sentir en sécurité, écouté.e, respecté.e quelle que soit le type de pratique.
Cette sensation de contrôler ce que l’on va subir ou pas redonne une capacité d’action qui a bien souvent été abimée chez les personnes ayant des traumatismes, surtout des trauma sexuels.
Ainsi, s’il y a un aspect thérapeutique du BDSM (ce qui est très discuté dans la communauté et les études scientifiques), il ne repose pas sur la possibilité de revivre ses trauma, mais bien au contraire sur la façon de reprendre la main sur son corps, sa sexualité, et de se sentir respecté.e et puissant.e. y compris dans la soumission…

Avant de tester

La sécurité affective est le socle de toute pratique. Sans elle, le jeu devient un risque inutile pour la relation.

  • Le “Check-in” émotionnel
    Avant de commencer, évaluez votre état. La fatigue ou le stress modifient votre seuil de tolérance.
    Apprenez à vous connaître. Il vaut mieux adapter l’intensité ou la durée de la séance (ou la reporter) que de foncer vers une mauvaise expérience.
    Cependant, il est aussi possible qu’une séance intense puisse aider un.e des partenaires à lâcher prise et à évacuer du stress !
    Vous pouvez exprimer tout cela avant de commencer à jouer.
    Comme par exemple : “Je suis fatigué mais j’ai quand même envie de venir à tes pieds. Est-ce qu’on pourrait faire juste une petite séance douce ce soir ?” ou au contraire “Je suis super stressée aujourd’hui, je crois que j’aimerais bien une fessée vraiment forte pour m’aider à lâcher”.
  • Identifier les déclencheurs (“triggers”)
    Si certains mots (par exemple : les insultes crues), gestes (par exemple : la strangulation) ou pratiques (par exemple : l’humiliation) vous sont insupportables à cause de votre histoire et déclenchent chez vous une réponse émotionnelle forte : une peur panique ou une colère insurmontable, ou au contraire un figement et une sidération : prenez le temps de les lister clairement dans vos “limites rouges”.
  • L’importance de l’aftercare
    Plus une séance a été intense, plus le retour au calme (l’aftercare) doit être soigné. C’est le moment de rassurer et de donner de la douceur et de la compassion aux parties de soi qui se sont senties exposées.

Approfondir : 5 questions pour aller plus loin

  1. Y a-t-il des sujets ou des mots “interdits” que tu ne veux jamais voir apparaître dans nos jeux ?
  2. Comment puis-je remarquer que tu es dépassé·e par l’émotion si tu n’arrives pas à parler ?
  3. Quel genre de réconfort te permet de “redescendre” sereinement après une forte intensité ?
  4. Est-ce que le fait de partager tes vulnérabilités avec moi augmente ta confiance ou t’inquiète ?
  5. Comment faire la différence entre une “bonne” peur excitante et une sensation de malaise réel ?

Ressources

À regarder

  • Film : La Secrétaire (Steven Shainberg)
    Pour observer comment une dynamique de pouvoir peut offrir un cadre de réparation émotionnelle.
  • Série : Modern Love (Amazon Prime), saison 1, épisode 3.
    Sur la gestion de la vulnérabilité et de ses propres secrets dans l’intimité.

À lire :

  • Essai : Le corps n’oublie rien de Bessel van der Kolk.
    Ce livre a révolutionné la conception du psychotraumatisme. Il permet de comprendre comment nos expériences passées influencent nos réactions réflexes et corporelles.
  • Guide : The Loving Dominant de Libby Anthos (en anglais)
    Un ouvrage qui rappelle que diriger est avant tout une forme de soin et d’attention à l’autre.

Sur le Web

Le pouvoir de la vulnérabilité, TEDx de Brene Brown (en anglais)
Une conférence basée sur son livre du même nom, qui démontre combien nos vulnérabilités deviennent une force lorsque nous les reconnaissons et pouvons les exprimer.

PTSD and BDSM: Empowering Trauma Healing Through Kink (article de blog en anglais)

BDSM and how to use it to heal past trauma – Healing Through Kink (vidéo en anglais)

Podcast :