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Mieux comprendre le consentement dans le BDSM
Dans la communauté BDSM, le consentement n’est pas une simple formalité : c’est un processus vivant au centre de toutes les attentions.
Bien avant que la question du consentement soit au centre du débat public (notamment suite à la mise en lumière des violences sexuelles après #metoo), les pratiquants BDSM avaient déjà réfléchi à cette question. Lorsqu’on est attaché, bâillonné, lorsque le jeu de rôle fait qu’on dit “non” sans le penser*, ou simplement qu’on est shooté aux endorphines, il est souvent difficile d’exprimer un consentement éclairé.
Les pratiquants ont donc développé plusieurs façons d’aborder cette question.
* je donne cet exemple dans le cadre précis d’un jeu de rôle ! (par exemple : “- Tu es mon prisonnier, je vais te torturer sexuellement ! – Oh non, non, pitié !”). Mais dans tout le reste de la vie, quand on dit non, c’est non ! c’est justement une des bases du consentement. Et il est ESSENTIEL de pouvoir distinguer les deux.
Le consentement : quelques généralités
Comme pour tout rapport sexuel, on peut s’assurer que les consentements donnés sont REELS.
Cet acronyme reprend les grandes lignes du consentement :
Réversible
Je peux changer d’avis et dire non sur le moment même si j’ai dit oui auparavant
Petite note : le cas contraire est déconseillé dans la pratique BDSM puisque ces pratiques peuvent générer un état modifié de conscience. Dans l’énergie du moment on peut avoir envie d’aller plus loin que ce qui était prévu, puis le regretter après coup. Dans ces cas-là, je conseille plutôt de noter cette envie, et de renégocier après coup pour se l’autoriser lors d’une prochaine session.
Éclairé
Je comprends précisément à quoi je consens, il n’y a pas de flou ou d’incompréhension.
Enthousiaste
Dire oui pour faire plaisir, ou pour faire comme les autres… autant de consentements un peu gris, où je peux dire oui sans réellement le sentir… Un consentement enthousiaste, une envie réelle de vivre ou de tester telle ou telle pratique, est un bien meilleur début !
Libre
Pour être valable, le consentement ne doit pas être extorqué sous pression. Avoir peur de la réaction de l’autre si je dis non, par exemple, n’est pas un contexte libre. Que ce soit un contexte de violence ou juste de pression (par exemple “il boude si je lui refuse une fellation à la fin de la séance”…).
Spécifique
Plus on est précis dans l’expression du consentement, plus il est précieux.
Ainsi je peux accepter par exemple d’être fouetté mais pas avec une badine. Ou être partant pour un plug anal, mais pas pour une sodomie.
Les principales formes de consentement dans le BDSM
La communauté BDSM a formalisé des modes de rapport au consentement : SSC, RACK, et plus récemment PRICK.
Ces formes sont présentées comme différenciées, mais dans la réalité il s’agit souvent d’un mix des deux.
L’idée commune dans le BDSM, qui a amené à faire évoluer le concept SSC, est qu’aucune relation humaine n’est jamais “safe” à 100%. Même avec un consentement bien négocié, il se peut qu’il y ait des accrocs, des incompréhensions. Une communication ouverte sera alors votre principal atout lors du débrief d’après séance.
SSC : Safe, Sane and Consensual
Le sigle SSC signifie Sûr, Sain et Consenti.
C’est le code de conduite historique et le plus répandu dans la communauté BDSM (depuis les années 80).
Consenti
Tout repose sur un accord mutuel explicite. Le SSC établit une limite claire, tant éthique que juridique, entre les pratiques fétichistes et les agressions ou violences réelles.
Sûr
Les activités doivent être basées sur la sécurité physique.
Sain
Tous les participants doivent être dans un état d’esprit sain et lucide.
RACK : Risk Aware Consensual Kink
Le concept de RACK (Kink Consensuel Conscient des Risques) est apparu comme une alternative pour ceux qui considèrent qu’aucune activité n’est jamais totalement “sûre” (comme le laisserait entendre la vision SSC).
Responsabilité individuelle
Chaque participant est responsable de son propre bien-être et de ses limites.
Transparence sur les risques
Plutôt que de prétendre qu’une pratique est “sûre”, le RACK encourage une discussion honnête sur les dangers potentiels (même faibles). L’idée est qu’un consentement n’est véritablement éclairé que si l’on a conscience des risques réels encourus.
PRICK : Personal Responsibility Informed Consensual Kink
Considéré comme une évolution du RACK, le PRICK met l’accent sur la Responsabilité Personnelle et le Kink Informé et Consenti.
Responsabilité personnelle
Chaque participant doit assumer pleinement ses choix et ses actes.
Information complète
Il est impératif de comprendre exactement ce qui va se passer, incluant les conséquences techniques et émotionnelles.
Consentement véritable
Le PRICK soutient que le consentement n’est valide que si la personne est totalement informée et assume sa part de responsabilité dans l’interaction.
Il existe également une dernière forme de consentement dans le BDSM : CNC (Consensual Non Consent). Je n’en traiterai pas ici, car il s’agit de la forme la plus risquée – se mettre d’accord ( et consentir) sur le fait que le consentement ne sera pas respecté… cette façon de faire me semble totalement inadaptée pour débuter le BDSM (et réservée à des fantasmes particuliers, type kidnapping, torture, …).
Avant de tester
Le consentement se construit en-dehors de la session, dans un moment de calme, pour que le désir ne vienne pas masquer vos besoins réels.
- Un grand classique : la checklist
Prenez le temps de discuter vos envies avant de jouer.
Utiliser une checklist permet de “déporter le consentement” avant la séance. En envisageant un nombre élevé de pratiques pour exprimer votre consentement, vous délimitez le terrain de jeu de votre prochaine séance BDSM.
Vous n’êtes pas obligé de tout faire, mais vous savez ce qui a priori est possible d’envisager, et surtout ce qui ne l’est pas, les limites à ne pas franchir.
À mon sens, cette étape est de l’ordre du préliminaire ! c’est l’exemple même du consentement dans sa forme sexy : on fantasme, on se projette, on fait monter la température en se parlant de ce qui peut nous exciter…
On trouve de nombreuses checklists sur le web, prenez celle qui vous inspire le plus.
Un exemple : https://www.monsdeluc.com/checklist-bdsm/ - D’autres outils de communication : il est existe d’autres outils qui peuvent aider à se poser les bonnes questions. RBDSM par exemple (étonnamment, l’acronyme n’a rien à voir avec le BDSM) est un ensemble de thèmes à discuter, conçu par la communauté polyamoureuse pour discuter au début d’une nouvelle relation. Il signifie :
Relationship (relation)
Boundaries (frontières)
Desire (désir)
Sexual Health (santé sexuelle)
Meaning (signification)
Cet outil est conçu au départ pour explorer une nouvelle relation, mais les questions qu’il pose peuvent être intéressantes à se poser dans le cadre d’une relation établie, notamment avant de franchir le pas d’une exploration comme le BDSM. - La révocabilité : Rappelez-vous que rien n’est jamais définitif. Un accord donné au début de la soirée peut être retiré à n’importe quel moment, sans aucune justification.
- L’enthousiasme : Soyez attentifs aux silences ou aux “oui” hésitants. Si l’un de vous n’est pas pleinement partant, on ne force pas le passage. On s’écoute.
- Les vérifications (Check-in) : Pendant le jeu, n’hésitez pas à demander simplement : “Est-ce que c’est toujours bon pour toi ?”. Cette petite phrase est un fil de sécurité qui vous relie en permanence.
Approfondir : 5 questions pour aller plus loin
- Qu’est-ce qui te permettrait de te sentir totalement libre de dire “stop” sans avoir peur de me décevoir ?
- Comment puis-je m’assurer que ton accord est réellement joyeux et non motivé par l’envie de me faire plaisir ?
- Y a-t-il des signaux non-verbaux (un souffle, un regard) que je devrais apprendre à décoder chez toi ?
- Quelle est pour toi la différence entre une “limite ferme” et un défi que tu as envie de relever avec moi ?
- Comment aimerais-tu que je réagisse si tu décides d’arrêter une séance en plein milieu ?
Ressources
À regarder
- Vidéo pédagogique : “Tea Consent”
Un grand classique ! Le consentement expliqué par une tasse de thé).
Un peu caricatural, mais simple, efficace, universel : https://www.youtube.com/watch?v=pZwvrxVavnQ
Sur le Web
- Le dossier de #NousToutes sur le consentement – pour mieux comprendre les enjeux et les zones grises (en général, pas spécifiquement dans le BDSM)
- Sécurité et consentement : dans le BDSM le principe du RACK – article du blog Spankee
- Une introduction à SSC, RACK, PRICK et SSICK pour les débutants – publication Reddit traduite
- SSC, RACK, PRICK, CCC, 4Cs : « philosophies » du BDSM – article sur Univers BDSM
- RBDSM, un outil efficace pour des relations amoureuses saines – article sur Nouveauxplaisirs
Podcast
- Consentement : les leçons à tirer des communautés BDSM – Vidéo Quartier libre (qui introduit le PRICK – avec un accent québécois !!)
- Le consentement dans les relations BDSM, podcast Cu(l)riosité
- Les limites du consentement dans les pratiques BDSM – Pod Q