(Cette page est un complément au Jeu de carte pour couple Parlons de BDSM / Questions traitées : 1, 3, 14, 34)

Vous rêvez de vous prêter à tous les désirs sexuels de votre partenaire ? au contraire, de prendre le contrôle ? ou de soumettre aux siens ? de donner ou de recevoir une fessée ? de bondage ou de bandeau sur les yeux ? Les thèmes BDSM sont très présents dans nos fantasmes et nos rêveries érotiques...

Pour mieux comprendre : les fantasmes BDSM

“Le premier organe sexuel, c’est le cerveau” : c’est un cliché quand on parle de sexualité.
Et pourtant c’est tellement vrai. Surtout dans le BDSM, qui comprend des pratiques physiques intenses, mais aussi beaucoup de plaisir cérébral.

Avant d’être un acte qui implique le corps, notre sexualité (BDSM ou pas) est nourrie par tout un imaginaire.
Une lecture érotique ou même romantique, une scène de film qui vous a excité ou même une simple photo vue il y a des années peuvent avoir forgé, nourri ou créé des fantasmes.
Rien que d’y repenser, vous sentez la chaleur vous envahir, et peut-être même que votre sexe réagit.
Explorer le BDSM invite à visiter et valoriser ce “cinéma porno intérieur” sans jugement, au contraire avec curiosité et enthousiasme. À le considérer comme un trésor.

Acception, honte ou crainte, le rapport compliqué aux fantasmes

Face à certains de nos fantasmes, on peut ressentir de l’excitation, mais aussi parfois de la honte, de la crainte ou même du dégoût. Comme si il y avait des fantasmes acceptables et d’autres non. Nous pouvons nous sentir si fragiles lorsque nous dévoilons à d’autres certaines de ces pensées intimes si peu policées… Ou encore, nous pouvons tenter nous-mêmes de censurer des fantasmes qui ne correspondent pas à nos valeurs dans la vie.

Pourtant, avoir envie d’être soumis·e sexuellement ne signifie pas qu’on accepte les inégalités dans la société. Aimer dominer ne veut pas dire qu’on est une personne dure, violente ou égoïste. On peut avoir des fantasmes de soumission alors qu’on porte des valeurs féministe dans le quotidien (cette question a souvent été discutée dans les mouvements féministes).
Ou encore fantasmer sur d’autres personnes tout en étant fidèle dans la vie.

Les fantasmes : une source d’excitation que nous ne contrôlons pas

Le point de départ concernant nos fantasmes, c’est que nous ne les choisissons pas : ils s’imposent à nous. Ils représentent une source d’excitation puissante, mais qui ne respecte aucune règle, ni morale ni même de réalité.
Si nous tentons d’éteindre nos fantasmes, notre principale source d’excitation et d’érotisme, il y a fort à parier que nous éteindrons plus globalement notre désir. Au contraire, plus on accepte ses fantasmes, plus on accepte simplement ce qui nous excite sans jugement, plus on sort de la honte.
Et plus on peut libérer sa sexualité.

Cela ne veut absolument pas dire que tous les fantasmes sont destinés à être réalisés !
Il est important de faire la différence entre :

  • une image ou un scénario qui nous excite, qui peut simplement servir de support à la masturbation ou à la rêverie, ou être convoquée pendant une relation sexuelle pour faire monter l’excitation… mais que nous pourrions ou ne souhaiterions en aucune manière vivre et vrai.
  • et un fantasme (ou désir) que nous aimerions vivre, en totalité ou en partie – ce qui n’empêche pas de la peur, de la culpabilité, de la honte d’être potentiellement associés à ce fantasme.

L’importance de la communication intime dans le BDSM

Explorer le BDSM, c’est aussi un excellent moyen d’apprendre à écouter et à communiquer ses préférences, ses fantasmes, ses envies, de façon claire et explicite.
(même si bien sûr, on peut aussi garder une partie de cet imaginaire pour soi, comme un jardin secret excitant).

Enfin, n’oubliez pas qu’on peut être fasciné·e par une pratique, en parler, être excité d’en discuter, sans jamais vouloir la tester réellement. Partager ce qui nous intrigue, nous attire mais aussi de ce qui nous questionne ou nous fascine est avant tout une manière d’exprimer sa confiance, et de se renforcer nos liens.

Pour aider les couples à initier cette communication intime, j’ai créé le jeu de questions à deux “Parlons de BDSM”. Il est disponible en commande sur mon site :

Parlons de BDSM, un jeu de carte pour explorer ses fantasmes en couple.

Enflammer l’imaginaire pour faire monter le désir

L’un des plus grands plaisirs du BDSM, c’est aussi le temps long.
Le petit message excitant envoyé dans la journée prépare le terrain pour le soir. Cela permet de faire monter lentement le désir et d’activer les fantasmes : décrire ou laisser imaginer ce qui se passera, échanger, se préparer… peuvent être des formes de préliminaires !

Avant de tester

L’exploration de l’imaginaire est l’étape la plus douce, car elle ne demande aucun engagement physique, juste de l’honnêteté et de l’écoute. Et ces échanges peuvent être très excitants !

  • Le partage sans pression
    Vous pouvez dire à votre partenaire : “J’ai vu cette scène, ça m’a troublé·e. Je ne sais pas si j’aimerais le faire, mais j’ai aimé l’ambiance.”. Séparez la discussion sur ce qui vous excite et les plans de réalisation : ce sont deux temps différents.
    Les jeux de cartes de questions (pas ceux basés sur des gages, ils peuvent être excitants mais ce n’est pas le propos ici) sont un super outil pour lancer une discussion sans tabou et partager vos fantasmes les plus secrets.
    Bien sûr, je vous recommande le jeu Parlons de… BDSM , que j’ai conçu pour cela !
  • Ne pas juger les fantasmes l’un de l’autre
    Il n’y a pas de fantasme honteux entre deux adultes consentants. Dans le milieu BDSM, lorsqu’un fantasme nous semble très éloigné de notre propre érotisme, il y a un dicton : “Your kink is not my kink, but your kink is OK(ton fantasme n’est pas le mien, mais je ne le juge pas !).
    Rappelez-vous qu’en dévoilant notre imaginaire érotique nous nous mettons en fragilité ! le sentiment de rejet ou de critique refermera la discussion pour longtemps.
    Pour des conseils sur comment aborder ce sujet, vous pouvez écouter cet épisode de podcast Le Poing G! : Parler de ses fantasmes à son partenaire
  • Sécurité affective
    Si une image réveille un malaise ou un souvenir lourd, parlez-en.
    Le BDSM est un terrain de jeu où l’on doit se sentir plus en sécurité qu’ailleurs, pas moins.
    Si l’imaginaire devient pesant, on fait une pause et on revient au présent, ensemble.

Approfondir : 5 questions pour aller plus loin

  1. Quelle est la sensation précise qui t’attire dans tel ou tel fantasmes : le lâcher-prise, l’intensité de l’excitation ou des sensations, le sentiment d’être spécial·e ? autre chose encore ?
  2. Y a-t-il un “déclencheur” (un vêtement, un mot, un regard, une partie de corps…) qui revient souvent dans ton imaginaire lorsque tu te masturbes par exemple ?
  3. Est-ce que l’idée que je connaisse certaines de tes pensées les plus secrètes t’intimide ou te libère ?
  4. As-tu des fantasmes dont tu n’as jamais osé parler à personne ? Comment te sentirais-tu à l’idée de me les raconter, et que je puisse les entendre et les accepter ?
  5. Qu’est-ce qui te ferait te sentir complètement à l’aise pour me partager certains de tes fantasmes ?

Ressources

À regarder :

  • Film : La Secrétaire de Steven Shainberg. Pour voir comment deux personnes s’apprivoisent à travers leurs besoins spécifiques, avec beaucoup de tendresse derrière les jeux de pouvoir.
  • Série : Bonding (Netflix). Pour le côté “scénarisation” et la distinction claire entre le jeu et la réalité.

À lire :

  • Romans érotiques
    Tous les romans érotiques, vanille ou BDSM sont de grandes sources de fantasmes et nourrissent l’imaginaire sexuel ! On se rappelle qu’en 2012 “50 nuances de Grey” (un roman pourtant bien mal écrit), a à lui tout seul réveillé des fantasmes liés à la soumission chez tant de lecteurs et lectrices…

    Quelques références classiques tout de même concernant l’imaginaire- BDSM :
    Histoire d’O, Pauline Réage.
    La soumise, Tara Sue Me (4 tomes – oubliez 50 nuances de Grey et lisez directement l’original qui l’a inspiré ! beaucoup moins abusif que son remake 50 nuances)
    Devenir Sienne (Eva Delambre) + tout le reste de la série
    Cérémonies de femmes – Catherine Robbe-Grillet
    Immorales – histoires BDSM au féminin (collectif)
    Le lien – Vanessa Duriès
  • Livres consacrés spécifiquement aux fantasmes
    Nos désirs – des fantasmes féminins du monde entier, recueillis par Gillian Anderson
    Fantasmes au féminin, Maud Serpin – des outils pratiques pour développer son imaginaire sexuel

Sur le Web :

Podcast :

Source :
Les principaux fantasmes BDSM
Étude du Pr Joyal sur les fantasmes “normaux” (en Occident) – 2014

Être sexuellement dominé.e (64,6 % F / 53,3 % H)
Être attaché.e pour le plaisir sexuel (52,1 % F / 46,2 % H)
Être fessé.e ou fouetté.e (36,3 % F / 28,5 % H)
Être forcé.e à avoir des rapports sexuels (28,9 % F / 30,7 % H)

Dominer quelqu’un sexuellement (46,7 % F / 59,6 % H)
Attacher quelqu’un pour le plaisir sexuel (41,7% F / 48,4 % H)
Fesser ou fouetter quelqu’un (23,8 % F / 43,5 % H)
Forcer quelqu’un à avoir des rapports sexuels (10,8 % F / 22 % H)

Il ne s’agit ici que les fantasmes explicitement liés à des pratiques BDSM.
Mais il va de soi que nombre d’autres pratiques (comme par exemple le sexe anal, le sexe à plusieurs, l’humiliation, les jeux avec des objets, et bien d’autres) peuvent être fantasmés dans un contexte de domination/soumission.