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Pour mieux comprendre

“Le premier organe sexuel, c’est le cerveau” : c’est un cliché quand on parle de sexualité.
Et pourtant c’est tellement vrai. Surtout dans le BDSM, qui comprend des pratiques physiques intenses, mais aussi beaucoup de plaisir cérébral.

Avant d’être un acte qui implique le corps, notre sexualité (BDSM ou pas) est nourrie par tout un imaginaire.
Une lecture érotique ou même romantique, une scène de film qui vous a excité ou même une simple photo vue il y a des années peuvent avoir forgé, nourri ou créé des fantasmes.
Rien que d’y repenser, vous sentez la chaleur vous envahir, et peut-être même que votre sexe réagit.
Explorer le BDSM invite à visiter et valoriser ce “cinéma intérieur” sans jugement, avec curiosité et enthousiasme. À le considérer comme un trésor !

Acception, honte ou crainte, le rapport compliqué aux fantasmes

Face à certains de nos fantasmes, on peut ressentir de l’excitation, mais aussi parfois de la honte, de la crainte ou même du dégoût. Comme si il y avait des fantasmes acceptables et d’autres non. Nous pouvons nous sentir si fragiles lorsque nous dévoilons un morceau de ces pensées intimes…

Ou encore, nous pouvons tenter d’éteindre des fantasmes qui ne correspondent pas à nos valeurs dans la vie.
Pourtant, avoir envie d’être soumis·e sexuellement ne signifie pas qu’on accepte les inégalités dans la société. Aimer dominer ne veut pas dire qu’on est une personne dure, violente ou égoïste. Vous pouvez avoir des fantasmes de soumission alors que vous portes des valeurs féministe dans votre quotidien (cette question a souvent été discutée dans les mouvements féministes). Ou encore fantasmer sur d’autres personnes alors que vous êtes fidèle dans la vie.

Les fantasmes : une source d’excitation que nous ne contrôlons pas

Le point de départ concernant nos fantasmes, c’est que nous ne les choisissons pas : ils s’imposent à nous. Ils représentent une source d’excitation puissante, mais qui ne respecte aucune règle, ni morale ni même de réalité.
Si nous tentons d’éteindre nos fantasmes, notre principale source d’excitation et d’érotisme, il y a fort à parier que nous éteindrons plus globalement notre désir. Au contraire, plus on accepte ses fantasmes, plus on accepte simplement ce qui nous excite sans jugement, plus on sort de la honte.
Et plus on peut libérer sa sexualité.

Cela ne veut absolument pas dire que tous les fantasmes sont destinés à être réalisés !
Il est important de faire la différence entre :

  • un fantasme qui nous excite, qui peut simplement servir de support à la masturbation ou à la rêverie, ou être convoquée pendant une relation sexuelle pour faire monter l’excitation… mais que nous pourrions ou ne souhaiterions en aucune manière vivre et vrai.
  • et un fantasme (ou désir) que nous aimerions vivre – ce qui n’empêche pas de la peur, de la culpabilité, de la honte d’être potentiellement associés à ce fantasme.

L’importance de la communication intime dans le BDSM

Explorer le BDSM, c’est aussi un excellent moyen d’apprendre à communiquer sur ses préférences, ses fantasmes, ses envies, de façon claire et explicite.
(bien sûr, on peut aussi garder une partie de cet imaginaire pour soi, comme un jardin secret si excitant).

Enfin, n’oubliez pas qu’on peut être fasciné·e par une pratique, en parler, être excité d’en discuter, sans jamais vouloir la tester réellement. Partager ce qui nous intrigue, nous attire mais aussi de ce qui nous questionne ou nous fascine est avant tout une manière d’exprimer sa confiance, et de se renforcer nos liens.

Enflammer l’imaginaire pour faire monter le désir

L’un des plus grands plaisirs du BDSM, c’est aussi le temps long.
Le petit message excitant envoyé dans la journée prépare le terrain pour le soir. Cela permet de faire monter lentement le désir : décrire ou laisser imaginer ce qui se passera, échanger, se préparer… peuvent être des formes de préliminaires !

Avant de tester

L’exploration de l’imaginaire est l’étape la plus douce, car elle ne demande aucun engagement physique, juste de l’honnêteté et de l’écoute.

  • Le partage sans pression
    Vous pouvez dire à votre partenaire : “J’ai vu cette scène, ça m’a troublé·e. Je ne sais pas si j’aimerais le faire, mais j’ai aimé l’ambiance.”. Séparez la discussion sur ce qui vous excite et les plans de réalisation : ce sont deux temps différents.
  • Ne pas juger les fantasmes l’un de l’autre
    Il n’y a pas de fantasme honteux entre deux adultes consentants. Dans le milieu BDSM, lorsqu’un fantasme nous semble très éloigné de notre propre érotisme, il y a un dicton : “Your kink is not my kink, but your kink is OK(ton fantasme n’est pas le mien, mais c’est ok !).
    Rappelez-vous qu’en dévoilant notre imaginaire érotique nous nous mettons en fragilité ! le sentiment de rejet ou de critique refermera la discussion pour longtemps.
    Pour des conseils sur comment aborder ce sujet, vous pouvez écouter cet épisode de podcast Le Poing G! : Parler de ses fantasmes à son partenaire
  • Sécurité affective
    Si une image réveille un malaise ou un souvenir lourd, parlez-en.
    Le BDSM est un terrain de jeu où l’on doit se sentir plus en sécurité qu’ailleurs, pas moins.
    Si l’imaginaire devient pesant, on fait une pause et on revient au présent, ensemble.

Approfondir : 5 questions pour aller plus loin

  1. Quelle est la sensation précise qui t’attire dans tes fantasmes : le lâcher-prise, l’intensité, le sentiment d’être spécial·e ?
  2. Y a-t-il un “déclencheur” (un vêtement, un mot, un regard) qui revient souvent dans ton imaginaire ?
  3. Est-ce que l’idée que je connaisse tes pensées les plus secrètes t’intimide ou te libère ?
  4. Si on devait s’envoyer des messages durant la journée, que préfèrerais-tu : des messages explicites, crus, ou plus dans la suggestion ?
  5. Qu’est-ce qui te ferait te sentir complètement à l’aise pour me partager certains de tes fantasmes ?

Ressources

À regarder :

  • Film : La Secrétaire de Steven Shainberg. Pour voir comment deux personnes s’apprivoisent à travers leurs besoins spécifiques, avec beaucoup de tendresse derrière les jeux de pouvoir.
  • Série : Sex Education (Netflix). Pour sa manière très saine et décomplexée d’aborder les fantasmes et le consentement.
  • Série : Bonding (Netflix). Pour le côté “scénarisation” et la distinction claire entre le jeu et la réalité.

À lire :

  • Romans érotiques : Tous les romans érotiques, vanille ou BDSM sont de grandes sources de fantasmes et nourrissent l’imaginaire sexuel !
    Quelques références classiques tout de même concernant l’imaginaire- BDSM :
    Histoire d’O, Pauline Réage.
    La soumise, Tara Sue Me (4 tomes – oubliez 50 nuances de Grey et lisez directement l’original qui l’a inspiré ! beaucoup moins abusif que son remake 50 nuances)
    Devenir Sienne (Eva Delambre) + tout le reste de la série
    Cérémonies de femmes – Catherine Robbe-Grillet
    Immorales – histoires BDSM au féminin (collectif)
    Le lien – Vanessa Duriès
  • Guide :
    Les mots du désir de Katherine Angel, pour explorer comment exprimer ce qu’on veut.
  • Témoignages :
    Nos désirs, des fantasmes féminins du monde entier recueillis par Gillian Anderson

Sur le Web :

Podcast :